The People Without Cinema, by Abounaddara
Hummus For Thought -

The following was posted by Abounaddara Film collective on their Facebook page on February 4th, 2020. Le texte original français est ci-dessous.


In spring 2011, videos circulating on social media showed young people defying a dictator’s thugs, shouting Dignity! Freedom! The images were breathtakingly real. Shot by anonymous amateurs with trembling hands, they bore witness to incredible violence. The traditional media immediately appropriated them as they were, and quickly contacted their authors to commission more, in the name of the need for information and the principle of compassion. Producers would also take up these images in the name of a certain idea of ​​cinema verité, while critics hailed the birth of a people who staged themselves only for themselves, filming only themselves and without artifice.
Today, the people getting the most headlines have numerous films produced by the global film industry credited to their names, and hundreds of thousands of videos distributed by the media industry. But the fact remains that they are a people without cinema. There’s no space for them to tell the stories steeped in their own imaginations and aspirations. They can only testify to the events they experience by exhibiting the indignity inflicted upon them. They only have the right to take on the role of circus animals, a role granted to them by the screens of the world and their compassionate masters.
In any case, people do live in Syria, a country in the east where the critic Serge Daney noted in 1978 that a national cinema was impossible due to dictatorship, on the one hand, and cultural imperialism, on the other. And since the birth of photography and cinema, Syrians have been enclosed in Orientalist representations which screen out the people demanding dignity and freedom. What is to be done to stage oneself with a minimum of dignity? What is to be done to grab hold of a revolution that sprang up in order to escape the fate of a people without cinema?

LE PEUPLE SANS CINEMA
Au printemps 2011, les médias sociaux ont commencé à diffuser des vidéos qui montrent des jeunes gens défiant la soldatesque d’un tyran, aux cris de Dignité ! Liberté ! Les images étaient stupéfiantes de réalisme. Tournées par des amateurs anonymes aux mains tremblantes, elles témoignaient d’un combat d’une violence inouïe. Aussitôt, des médias traditionnels les ont reprises telles quelles, ou ont contacté leurs auteurs pour en commander d’autres, au nom du devoir d’information et du principe de compassion. Des producteurs allaient aussi s’emparer de ces images au nom d’une certaine idée du cinéma-vérité, tandis que des critiques saluaient la naissance du peuple qui se met en scène par lui-même et pour lui-même, se filmant seul et sans artifice.
Aujourd’hui, le peuple qui a défrayé la chronique est crédité de nombreux films produits par l’industrie mondiale du cinéma, et des centaines de milliers de vidéos distribuées par l’industrie des médias. Mais il n’en demeure pas moins un peuple sans cinéma. Il n’a pas d’espace pour raconter des histoires pétries de son imaginaire et ses aspirations propres. Il ne peut que témoigner des événements qu’il subit en exhibant l’indignité qu’on lui inflige. Il n’a droit qu’à endosser le rôle de bêtes de foire, qui lui est concédé par les écrans du monde et leurs maîtres compatissants.
Il se trouve, en l’occurrence, que le peuple demeure en Syrie, un pays d’Orient où le critique Serge Daney a constaté en 1978 l’impossibilité du cinéma en raison de la tyrannie, d’une part, et l’impérialisme culturel, d’autre part. Il se trouve aussi que, depuis la naissance de la photographie et du cinéma, les Syriens sont enfermés dans une représentation orientaliste qui fait écran avec le peuple réclamant dignité et liberté. Comment, dès lors, se mettre en scène avec un tant soit peu de dignité ? Comment saisir la révolution qui survient pour échapper à son destin de peuple sans cinéma ?


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